Le polyamour

Dans la logique de cette chronique, je m’impose une ascèse, celle de lire à la quinzaine diverses sources concernant la bisexualité. Dans une de mes dernières « découvertes », un livre de conseils pour les bisexuelles. Curieusement on y parle autant des hommes que des femmes mais surtout on y fait un long détour par le polyamour. Chaires toutes, l’émotion m’étreint. Où est la distinction entre polyamour et bisexualité. L’auteure n’en parle pas, et je vais donc tenter d’en cerner les contours.

L’équation Polyamour + X = Bisexualité pose à l’évidence la définition du X. Le polyamour c’est l’amour de plusieurs personnes en même temps et les relations qui peuvent en découler. Autrement écrit la définition de ce néologisme est essentiellement basée sur le sentiment d’aimer plusieurs personnes en même temps. Cette perspective suggère deux remarques. D’une part, la dimension sentimentale du polyamour ne s’accompagne pas nécessairement de la dimension physique. On peut donc aimer plusieurs personnes sans pour autant concrétiser. D’autre part, le terme semble consacré dans son usage à des amours à forte tendance hétérosexuels. Si nous reprenons notre équation, le X serait donc défini par une composante positive consistant à ajouter quelque chose au polyamour. Se pose, dès lors, la question de la nature de cet ajout. Il me semble qu’il s’agit de la dimension corporelle de la bisexualité. Cette dernière est marquée par un désir physique et ce désir physique doit être indépendant du sexe de l’autre. Ce qui me laisse penser que la bisexualité n’est pas seulement une façon désincarnée d’être au sexe mais qu’elle ne prend son existence que dans son incarnation, c'est-à-dire dans la réalisation physique de l’acte. Si c’est en forgeant que l’on devient forgeron, c’est en ayant des relations sexuelles avec des personnes de son sexe et de l’autre que l’on devient bi. Et cet acte sexuel avec des partenaires, quel que soit leur sexe, peut être totalement indépendamment du sentiment qui lui est indispensable au polyamour. Pour le formuler autrement, la bisexualité nécessite le désir de l’autre et du semblable. C’est donc le désir qui me semble prédominant alors que le polyamour se caractérise par une prédominance du sentiment. Selon cette démarche, assimiler ces deux termes revient à assimiler le sentiment d’amour et le désir physique. Or, tout le monde sait bien que cette assimilation est erronée.

Si la bisexualité suppose l’attirance envers des personnes des deux sexes, cela impose aussi que ce n’est pas nécessairement en parallèle que cette attirance s’exerce. Debbie  peut être attirée par des femmes, puis par des hommes sans ce que cette partition se joue en même temps. Le X de l’équation est donc la nécessaire diversité sexuelle des partenaires (femme et homme) et leur possible absence de sentiments dans la réalisation de leurs désirs. Bien sûr, Debbie peut être polyamoureuse mais ce n’est pas nécessaire pour qu’elle s’affirme bisexuelle. Si des passerelles sont indéniables entre bisexualité et polyamour, elles n’en sont pas pour autant obligatoires d’autant que dans la pratique le polyamour s’avère souvent, d’après de nombreux témoignages, comme le sentiment ressenti pour deux personnes du même sexe (entre elles) mais d’un sexe différent du sien. Cette précision posée, la recherche de l’identité bisexuelle s’en trouve facilitée.

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