Patricia Curzi, activiste et humaniste de passage à la Cité Bisexuelle

Patricia Curzi est coordinatrice du Projet Femmes à l'International Lesbian and Gay Association (ILGA). Elle a accepté de venir s’entretenir avec nous des activités de l’ILGA ainsi que de son implication personnelle dans des associations telles Amnistie Internationale. Elle est aussi membre de MRAX (Movement against Racism, Anti-Semitism, Xenophobia)

Madame Curzi organise entre autre des groupes de femmes lesbiennes et vulnérables afin de leur donner pouvoir et visibilité. Elle coordonne leurs activités à l’ONU (Commission du statut de la femme et le Conseil sur les Droits de l’Homme)

En 2006 elle coordonne l’écriture, l’édition et la production du pamphlet «Breast and Uterus Cancer Prevention for Women who love women».

En 2007 elle fera le même travail pour les versions anglaise, française et espagnole du document «Lesbian and Bisexual Women’s Health: Common Concerns, Local Issues». Le rapport est disponible en version PDF sur le site de l’ILGA.

En 2009 elle a travaillé avec une organisation suisse afin de rassembler et placer sur un site multilingue des brochures, pamphlets et autre matériel relatif à la santé des femmes lesbiennes à travers le monde. Le site est question peut être consulté en cliquant ICI.

Le CV de madame Curzi impressionne par son engagement envers la communauté lesbienne et bisexuelle. C’est pourquoi nous nous sentons privilégiés de la rencontrer.

Pouvez-vous nous brosser un tableau rapide des objectifs et des activités de l’ILGA?

ILGA est un réseau mondial d’organisations de lesbiennes, gays, personnes bisexuelles, trans et intersexes (LGBTI) qui oeuvre pour le respect des droits humains et lutte contre les discriminations sur base de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre. Je résumerais le travail d’ILGA en trois points principaux:

Mise en réseau

Mettre en contact les organisations, collecter, transmettre, partager les informations et le savoir concernant les questions LGBTI donne l’opportunité aux différents groupes dans le monde d’interagir et de travailler ensemble. ILGA participe avec ses membres locaux à la consolidation des mouvements LGBTI dans des régions aussi diverses que l’Afrique, l’Asie ou l’Amérique latine.

Représentation

ILGA représente des groupes LGBTI et donne la possibilité aux activistes de s’exprimer en leur nom auprès de différentes instances. L’organisation oeuvre aussi pour que les questions des minorités au sein de sa minorité, les lesbiennes et les personnes trans, soient prises en compte. Cela se fait par l’organisation d’évènements, la publication de documents et la diffusion et le partage d’informations.

Lobbying

ILGA dénonce les attitudes et législations homophobes et discriminatoires de certains gouvernements et instance internationales et travaille avec d’autres ONG afin de dépénaliser l’homosexualité dans le monde. ILGA fait campagne depuis plusieurs années pour que les discriminations sur base de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre soient reconnues dans les textes des Nations Unies (NU).

Quelles sont les implications sociales de l’organisation et où se oeuvre-t-elle ?

ILGA a récemment publié la troisième édition de son rapport et de sa carte sur l’homophobie d’état. Le rapport est un recueil des législations qui criminalisent les rapports sexuels en privé entre personnes majeures de même sexe et consentantes; la carte donne une vue d’ensemble de la situation légale des lesbiennes et des gays à travers le monde.

Aujourd’hui, 80 pays à travers le monde considèrent l’homosexualité comme illégale; cinq pays et des régions de deux autres punissent de mort les relations homosexuelles. Des avancées ont eu lieu dans certains pays, comme par exemple le jugement, en juillet 2009, de la cour de New Delhi qui a abrogé la loi homophobe datant de l’époque coloniale, ou l’obtention du droit au mariage en Norvège, en Suède et dans un nombre limité mais croissant d’états des États-Unis. De nombreux pays d’Amérique latine ont aboli les lois homophobes et adoptent de nouvelles protections des droits des personnes LGBTI. Cependant, cette année, le Burundi a adopté une nouvelle loi homophobe, et l’Ouganda se prépare à faire de même. ILGA s’est engagée à combattre ces discriminations avec ses membres locaux et en coopération avec d’autres ONG de défense des droits humains.

ILGA est présente aux NU depuis plusieurs années, en participant à des évènements, en organisant des panels, des ateliers et des campagnes de sensibilisation et d’information. Grâce à ce travail, une dizaine d’organisations LGBTI dans le monde ont actuellement le statut d’observateur auprès des NU Unies, le statut ECOSOC.

Et vous, qu’est-ce qui vous a amené à joindre les rangs de l’ILGA?

Activiste féministe et pour les droits de différentes minorités depuis plusieurs années, lorsque j’ai lu qu’ILGA cherchait une coordinatrice pour les projets femmes, je n’ai pas hésité un seul instant à poser ma candidature. Dans ce poste je pouvais allier mon expérience professionnelle à mon engagement personnel. Je travaille auprès d’ILGA depuis presque cinq ans et mon rôle est de faciliter l’engagement et le travail des lesbiennes, terme pris dans le sens le plus large possible. J’oeuvre afin que les discriminations que connaissent les lesbiennes soient connues et prises en compte par les autres groupes au sein et à l’extérieur d’ILGA, ainsi que par les instances internationales. Une tâche bien ambitieuse, n’est-ce pas?  Travailler avec les lesbiennes m’a rendue fière et confiante des avancées qu’elles ont réalisées pour obtenir leurs droits, des luttes qu’elles ont menées avec d’autres minorités ou groupes discriminés. Trop souvent on ignore qu’elles sont porteuses d’idées nouvelles, voire révolutionnaires. Monique Wittig, Audre Lorde, Judith Butler, Gale Robinson, Adrienne Rich, elles ont toutes influencé la conception du genre et des rôles binaires hommes/femmes, allant bien au delà du mouvement LGBTI.

Vous avez coordonné le rapport « La santé des femmes lesbiennes et bisexuelles: questions locales, préoccupations communes »; pouvez-vous nous parler un peu de ce qui a motivé son initiative?  Depuis sa publication quelle fut son impact?

La double discrimination fondée sur le genre et l’orientation sexuelle peut avoir des effets significatifs sur le bien-être mental et physique, ou encore empêcher certaines femmes de demander l’aide des professionnels de santé.  ILGA a rassemblé des informations provenant d'organisations du monde entier, en vue de les partager. En effet, la connaissance de telles informations ne dépasse que rarement le plan local et n'est pas disponible au plan national et encore moins international. Il était important de recenser et présenter les actions entreprises pour le bien-être mental et physique des femmes lesbiennes et bisexuelles. Lors de l’élaboration de ce projet, j’ai cherché une plateforme internationale qui compilerait les travaux réalisés sur la santé des femmes lesbiennes et des bisexuelles. En vain. C’est dommage, eu égard à la grande valeur des résultats obtenus localement, par des femmes, pour leur communauté. Ce rapport a jeté les bases de cette plateforme, afin de faciliter la circulation des informations collectées.

Grâce à l’aide de volontaires ILGA a publié le rapport en anglais, espagnol et français. Certains textes ont été traduits par des organisations locales en russe, chinois, portugais, allemand. Trois ans après sa publication il sert encore de référence aux associations LGBTI et aux associations de femmes qui peuvent ainsi communiquer, apprendre, partager des informations, des expériences et, aussi, les reproduire en s’inspirant des initiatives courageuses entreprises par d’autres au niveau local.

Vous oeuvrez aussi au sein d’Amnistie Internationale, pouvez-nous parler de votre travail à l’intérieur de cette organisation?

Je suis membre d’Amnesty International Belgique depuis 1992, j’ai fait partie d’un groupe local, de la commission femmes et j’ai été co-responsable de la coordination LGBT pendant environ deux ans. Actuellement je suis membre individuel et je participe à des activités spécifiques de la coordination LGBT. Au départ j’ai choisi de militer pour Amnesty car j’admire son souci d’impartialité et sa capacité à impliquer des bénévoles en fonction de leurs possibilités. Cette longue expérience au sein d’Amnesty m’a aussi appris à être diplomate et plus modérée dans mes propos.

Le revers de la médaille est que malheureusement même au sein de cette organisation j’ai rencontré des personnes sexistes, racistes et homophobes. Avec les différentes commissions et groupes d’Amnesty dans lesquels j’étais impliquée, nous avons dû nous battre sur plusieurs fronts en même temps. A mon sens Amnesty a encore beaucoup de chemin à parcourir en ce qui concerne la sensibilisation de ses membres, et ce au niveau mondial, sur le fait que les droits des personnes homosexuelles et transgenre sont des droits humains universels inaliénables.

Sur quel projet d’ILGA travaillez-vous en ce moment?

Je viens de terminer la publication «Mouvements Lesbiens: ruptures et alliances». Ce projet est né du constat que les lesbiennes ont toujours été présentes dans divers mouvements de la société civile: avec les organisations de gays, dans les groupes féministes, ainsi que dans la sphère artistique et dans le combat pour la décolonisation et l'indépendance de leurs pays. Dans les décennies récentes, elles ont été présentes dans le combat pour l'égalité des droits au bénéfice des femmes de couleur, des femmes aborigènes. La publication est une collection d'expériences d'individues du monde entier, impliquées dans les mouvements lesbiens, la société civile et les organisations de droits humains. Elle rend hommage à ces lesbiennes qui ont montré le chemin, à celles qui se sont impliquées activement dans la lutte pour le bien-être et pour la reconnaissance de leurs droits.

Certaines expériences démontrent que l'histoire peut être modifiée et que des groupes lesbiens ont réussi à faire inclure leurs préoccupations dans celles d'autres mouvements. Partager des expériences et des connaissances et une façon d'acquérir des outils; avoir conscience de ces succès est le premier pas vers l'autonomie et la fierté. Cette publication suit un fil conducteur positif, il veut renforcer le mouvement lesbien pour l'avenir plutôt que de s'attarder sur la victimisation.

Mon objectif est de faire connaître cette partie méconnue de l’histoire et de diffuser la publication au sein d’un grand nombre d’organisations. Je prépare actuellement avec un petit groupe de volontaires des lignes directrices sur comment utiliser le contenu de la publication pour former des lesbiennes en leadership, autonomie et estime de soi. Les lesbiennes sont partout, impliquées dans les mouvements les plus variés, autant s’inspirer de leurs expériences.

La publication est  disponible en version papier et sur le site web d’ILGA en anglais. Les textes qui ont été écrits en français ou en espagnol, ou qui ont été traduits par des volontaires, se trouvent aussi sur le site. Une organisation lesbienne chinoise et une organisation polonaise ont demandé autorisation de traduire la publication dans leurs langues respectives. ILGA n’a pas les moyens de traduire les textes dans chaque langue. Cependant, via son vaste réseau elle peut mettre à disposition les versions qui sont traduites par des organisations locales.
 
De quelle façon les personnes qui se sentent interpellées par le travail de l'ILGA peuvent-elles apporter leur contribution ?

En ce qui concerne la publication, je demande de m’aider à la diffuser le plus largement possible et, éventuellement, d’ajouter un lien sur le site web des organisations que ces personnes représentent. Le projet aura réussi si les différentes organisations utilisent le contenu de la publication pour former, sensibiliser leur public et pour apprendre des nombreux exemples positifs qui y sont donnés.

De manière générale j’aimerais que le travail que fait ILGA soit mieux connu et reconnu. Alors parler de notre travail, diffuser nos communiqués et, évidemment, nous soutenir financièrement, est une manière d’apporter sa propre contribution.

Lire la publication en ligne en cliquant ICI.

ou commander la version papier en anglais contre paiement des frais postaux. Vous pouvez passer commande ou adresser vos suggestions et commentaires à l'adresse e-mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

Vous pouvez aussi faire une donation à ILGA pour soutenir son travail en cliquant ICI.

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rizzomarcus
Bonsoir,<br />vous avez fort bien résumé la situation dans laquelle je me trouve.<br />je NOUS félicite de penser comme cela car c'est bie...
Des concepts comme celui-là, on en veut ENCORE!!
Svven
Hello... Pas faux...


Je m'y perds aussi entre hétéros hétéro flexible , bi, pansexuel. ...

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