Michelle Blanc en toute franchise à La Cité Bisexuelle

Michelle Blanc est consultante, conférencière, auteure et considérée comme une experte en marketing et commerce électronique. Elle est aussi la plus récente personnalité «Big Idea Chair» de Yahoo Canada. Elle a aussi été nommée la 3e femme la plus influente des médias sociaux au Canada et son blogue est classé comme l’un des plus influent de la francophonie mondiale.

Madame Blanc s’est surtout fait connaître de la majorité des québécois par son passage à l’émission «Tout le monde en parle». Quelque mois avant d’y être invitée madame Blanc était un homme.

Avec toute la franchise et le franc parler qu’on lui connaît madame Blanc a accepté de s’entretenir avec La Cité Bisexuelle. Nous tenons à la remercier de la grande générosité dont elle a fait preuve. Ceux qui désirent visiter son site web peuvent le faire en cliquant ICI.

michelle blancRencontre avec Michelle Blanc

Est-ce que les réactions négatives de certaines personnes dans votre entourage vous ont fait hésiter dans votre cheminement?

Il y a eu des réactions très négatives de mon entourage et de ma famille en particulier. Maintenant, moi j’avais le choix d’être en dépression sévère le reste de mes jours telle que je la vivais au moment où j’ai eu mon diagnostic ou de faire une transition. Maintenant pour cette dépression sévère-là il n’y a aucun soulagement possible outre la médication pour amoindrir un peu ses effets. Ce qui fait que la décision n’a pas été trop difficile à prendre disons.
 
Vous attendiez vous à ce que votre transition devienne une « affaire publique » aussi médiatisée? Quel impact cela a-t-il eu sur votre vie privée, et professionnelle?

Beaucoup de transsexuelles font ce qu’on appelle le «stealth». C’est-à-dire qu’ils changent de nom, changent d’identité, changent de ville, changent de métier. Maintenant moi avant de faire ma transition c’était déjà très médiatisé. J’avais un blog, un des blogs les plus influent de la francophonie mondiale. Ma business et j’étais très médiatisé dans les médias spécialisés comme La Presse Affaires, le journal Les Affaires, La Direction Informatique, Info-Presse etc… Donc c’était clair que mon coming out serait médiatisé. D’ailleurs quand j’ai fait mon coming out sur mon blog la semaine suivante ça a fait la première page de La Presse et la semaine suivante c’était «Arcand». Donc il y a beaucoup de gens qui m’ont découvert à «Tout le monde en parle» mais j’étais très médiatisée avant «Tout le mode en parle» sauf que ce n’était pas nécessairement dans des médias grand public. C’était beaucoup dans des médias spécialisés. Alors oui c’était un impact duquel j’étais très consciente.
 
Depuis votre passage à l’émission « Tout le monde en parle », votre visage est très connu publiquement. À la suite de sa diffusion, avez-vous pu constater des changements dans le regard et l’attitude des gens qui croisent votre chemin?

Oui, suite à «Tout le monde en parle» j’ai eu plusieurs milliers de courriels, des centaines d’appels. Ça s’est fait en novembre, on est rendu début avril et encore aujourd’hui pratiquement tous les jours il y a des gens qui m’arrêtent pour me dire qu’ils m’admirent. Alors oui, finalement je suis devenu une sorte de symbole, ce symbolisme-là c’est un peu lourd à porter et évidemment ça empiète sur ma vie privée. Par contre on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs et je sais que ça a fait beaucoup de bien à la communauté transsexuelle. Ça a vulgarisé un petit peu cette condition-là qui est encore peu connue des gens. Bien évidemment moi le prix que j’ai à payer c’est que je risque de rester dans l’imaginaire québécois comme la transsexuelle officielle. Ça recule le moment ou je vais être finalement perçue comme une femme.
 
Vous avez eu l’occasion d’échanger avec Pauline Marois durant cette même entrevue au sujet du manque de ressources auquel font face les transsexuelles. Est-ce que vos commentaires ont été entendues, et si oui, de quelle manière?

Le gouvernement a décidé qu’il paierait pour les opérations de changement de sexe. Cependant après avoir fait ces annonces-là ils n’ont pas encore réussi à mettre à jour quels étaient les critères pour lesquels on pourrait être admissible à ce remboursement du gouvernement-là. Et ils n’ont pas non plus encore déterminé quelles seraient les opérations. Est-ce que par exemple une femme qui devient un homme, l’ablation des seins va faire partie des opérations, ou strictement la phalloplastie va être l’opération qui va être remboursée. La même chose pour les transsexuelles de homme à femme. Est-ce que c’est strictement la vaginoplastie qui sera payée ou l’augmentation mammaire et les autres opérations telles que par exemple la chirurgie de féminisation faciale pourraient être des opérations qui seraient considérées. Ce qui fait qu’il y a un grand vide. Ça  l’air que ça prend du temps. On va souhaiter que ce ne soit pas comme le CHUM ou l’autoroute 35. Qu’un jour ils aboutissent à quelque chose. Alors entre-temps c’est une annonce de vœux pieux mais au moment où on se parle les transsexuelles sont encore dans beaucoup de difficultés. Il n’y a pas de ressources additionnelles qui ont été offertes par le gouvernement. Et il n’y a qu’un seul organisme, en fait il y en a eu une couple, mais il y en a un qui est peut-être plus important et qui s’appelle l’Association des transsexuels et transsexuelles du Québec qui est sur une base de bénévoles qui aurait beaucoup besoin d’aide et qui ne reçoit pratiquement pas d’appui de personnes autres qe les transsexuels eux-mêmes.

 
Vous avez affirmé que vous ne souhaitez pas devenir ni la psy, ni la trans de service. Toutefois, votre simple apparition dans les médias semble apporter beaucoup aux personnes qui rencontrent les mêmes défis que vous. Beaucoup d’entre eux vous considèrent d’ailleurs comme un « phare ». Si vous aviez l’occasion de leur lancer un message, quel serait-il?

Moi quand ma dysphorie s’est déclarée au mois d’août 2007 la première personne outre ma conjointe avec qui j’en ai parlé c’était mon médecin de famille et elle avait déjà travaillé avec des transsexuelles. Elle m’avait dit : «Vous savez, il y a possibilité de vivre une vie marginale très heureuse».  Et puis ça m’était resté marqué dans l’esprit et c’est probablement ce que je voudrais dire aux autres transsexuels. Oui vous allez avoir une vie marginale mais oui il y a possibilité d’être heureux même si aux yeux de la population en général on est différents.
 
Une fois que vous avez pris votre décision d’aller de l’avant vous avez sûrement eu des instants de remords. Est-ce que le fait de faire un coming out public vous a aidé à ne plus regarder en arrière et à foncer en avant ?

Curieusement je n’ai pas eu d’instant de remord, aucun. Quand j’ai commencé les hormones c’est même un soulagement. Tu sais quand tu dors peut-être deux ou trois heures par nuit, tu perds trente kilos, tu ne manges plus, tu pleures tout le temps, ça ne va pas bien. Finalement, reprendre une vie un peu normale c’est un soulagement. Alors il n’y a pas eu de remord. Par contre il y a eu des moments très difficiles, il y en a encore. C’est certain que de vivre le mépris ouvert d’individus envers moi, c’est difficile. C’est clair que le fait que j’ai parlé de ma situation ça m’a amené un influx extraordinaire de support et de commentaires positifs et aussi de parler de ce que tu vis dans quelque condition que ce soit ça t’aide aussi un peu à t’en dégager. Alors que ce soit la dépression, que ce soit l’homosexualité, que ce soit différentes problématiques humaines, l’échange, le partage ça permet déjà d’enlever un peu de poids sur tes épaules.
 
On vous a souvent fait état de votre franc-parler sur les tribunes publiques. Croyez-vous que cette authenticité qui vous est propre était nécessaire pour prendre pleinement conscience de votre réalité intérieure ?

Était-ce nécessaire ?  C’est certain que je suis une promotrice de la communication authentique, de la transparence radicale. Je pense que ça aide beaucoup au niveau communicationnel. Maintenant il faut quand même être conscient que même si je suis très ouverte c’est toujours quand même une mise en scène. C’est moi qui décide de dire qu’est-ce que ça me tente de dire, de la manière que je le dis, à l’endroit que je le dis. Il y a toujours un effet de la volonté sur ce qu’on dévoile. Je dévoile beaucoup. Certains trouvent que je me dévoile plus que la moyenne. Cependant je pense que cet axe communicationnel-là est une nouvelle tangente qui va se développer et qui va permettre possiblement d’arriver à des solutions qui pourraient être plus proches des gens
 
Vous mentionniez sur votre blog commencer à ressentir un changement au niveau de votre attirance pour un sexe ou pour l’autre. Croyez-vous qu’il soit possible de tomber amoureux d’une personne peu importe son sexe ?

Oui. C’est certain. Je ne peux pas dire que j’étais bisexuelle. Maintenant sous la pression des hormones, du choc psychologique et sociologique de changer de sexe il y a des affaires qui changent dans ma tête. Les hormones changent le corps et le cerveau fait partie du corps. Oui, j’ai des images qui me viennent et qui ne venaient pas avant. D’ailleurs ça a inquiété ma conjointe qui avait peur que je vire aux hommes. Moi je lui ai dit : «Ça fait quinze ans qu’on est ensemble, je ne t’ai jamais trompée, pourtant j’étais très attiré par les femmes.» Maintenant si jamais je développais une attirance pour les hommes bien ça ferait de moi une bisexuelle plutôt qu’une hétérosexuelle parce que je ne perds pas l’attirance que j’avais pour les femmes. Maintenant entre avoir une pulsion sexuelle et agir dessus, il y a une marge. Donc le risque est là mais le risque n’est pas si grand que ça du fait que je suis quand même une personne qui aime énormément ma femme et qui a une certaine… Je suis une personne fidèle.

(Photo Michael Cooper et de Yahoo! Big Idea Chair - Canada)
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