En mode bi

Imaginer expliquer à un business/hard working/straight de septuagénaire ce qu’est la bisexualité dans toute sa fluidité peut relever de l’inconfort.

C’est, entre autre, pour éviter un tel malaise que j’ai choisi de faire mon coming out à des gens de mon entourage et de ma génération (l’avantage réconfortant des points communs). Ce processus est un partage d’information identitaire et qui dit partage, dit échange d’idées et d’opinions. Les gens qui m’entourent, issus principalement de la génération « y », ont donc leur propre opinion vis-à-vis la situation d’une fille en couple avec un gars qui s’autoproclame pour la première fois bisexuelle à 28 ans.

Tandis que certains ont réagi de manière attendue ou exemplaire, d’autres levaient les yeux au plafond tout en souriant. Leur sourire dévoilait leur raisonnement a priori terminal: « Ah, ce n’est qu’une phase. C’est temporaire, donc, whatever ! ». Je ne m’attendais pas à une parade. J’imaginais plutôt une main sur l’épaule, un commentaire empreint de compréhension et quelques questions. C’est à partir de ce moment que je réalisais que je n’étais pas équipé pour répondre à la diversité des réponses ou des réactions que je provoquais. Je me suis alors informé, à fond.

J’ai eu la confirmation de primatologues, d’ethnologues et bien d’autres professionnels que l’existence de la bisexualité est, dans notre lignée, une des réponses adaptées (voire saines) de vivre sa sexualité. Les textes des psychologues sont tout aussi informatifs, mais davantage axés sur la définition du terme « bisexualité » et sur la complexité du concept identitaire. Finalement, j’ai accédé aux plateformes de discussions et à de multiples témoignages.

À travers la découverte, j’intégrais une meilleure idée de ma situation et c’est, d’ailleurs, à ce moment que le mot « situation » a pris un tout autre sens. « Se situer, se positionner, s’autoproclamer », la sémantique de ces verbes reflètent une certaine adversité. Je réalisais, pour la première fois, que mes pensées tendaient vers la politisation. L’espace d’un instant, je m’imaginais tenir un discours politique et j’ai ri. Je tenais aussitôt la certitude que rien de tel ne pouvait représenter ma vérité. Je devais trouver un autre moyen de communiquer le respect des différences.

Je ne crois pas posséder l’âme d’une activiste. Par contre, je remarque qu’en me présentant comme bisexuelle, je me positionne. Cette contradiction est une de mes sources de motivation à l’atteinte d’une meilleure compréhension de la réalité bi par la majorité. Malgré tout, mon désir d’affirmation n’est pas politique, mais relève plutôt de l’authenticité identitaire. Enfin, il n’y a rien de héroïque dans l’histoire de mon coming out, mais je sais maintenant que je suis prête à me positionner face à l’adversité. Lorsqu’on me parle de la « bi-ness », je suis en mode bi. En d’autres mots, je défends le respect des libertés et leur intégrité.

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